Interview exclusif du nouveau président de l’US Colomiers

Interview exclusif du nouveau président de l’US Colomiers

19 avril 2022 3 Par Nicolas Portillo

Fraîchement nommé à la tête de l’US Colomiers, Florian Ait-Ali a succédé à Patrick Delacroix, sur le départ pour des raisons personnelles après six années de présidence. L’ancien gardien Columérin et des Chamois Niortais évoque avec nous ses ambitions pour le club Haut-Garonnais.

Vous voilà président de l’US Colomiers, on peut dire que c’est un peu une suite logique pour vous après tant d’années au club ?

Je ne sais pas si c’est une suite logique. Les gens qui m’ont nommé le pensent. Ce n’était pas une volonté de ma part. Il y avait un président en place qui faisait du travail. Il est parti pour raisons personnelles, et les personnes au sein du comité directeur ont imaginé que c’était moi la personne la mieux placée effectivement pour reprendre la place de part l’Histoire, ma connaissance du football, de part ma connaissance des différentes strates, de mon parcours aussi de chef d’entreprise. Je ne sais pas si on peut appeler ça une suite logique. Tout le monde dit que oui, mais je ne m’attendais pas à ce que ça arrive aussi tôt. A 37 ans, ça fait président jeune.

Justement, être président à 37 ans, on pourrait dire que ça fait jeune pour un club de l’ampleur de Colomiers. Est-ce que pour vous il s’agit d’un avantage lorsque l’on observe votre passif dans le football, mais aussi professionnellement, ou cet âge représente un inconvénient ?

Je pense qu’il y a du bon, de part effectivement mon dynamisme, ma carrière professionnelle qui m’amène aussi à rencontre beaucoup de monde et ma connaissance dans le football il y a encore peu de temps. J’ai aussi joué avec certains qui sont encore joueurs de l’équipe fanion. C’est assez rigolo comme anecdote. J’insiste surtout sur un point : je suis très entouré. Colomiers, une seule personne… ce n’est pas ça, ça ne marche pas comme ça. Moi, je dis toujours qu’il y a une équipe de folie avec moi pour mener à bien tous les projets qu’un tel club nécessite.

Evoquons ces projets en question. Colomiers c’est un gros pôle de formation, des féminines qui montent en puissance, des masculins qui sont bien représentés dans les championnats régionaux. L’équipe une éprouve quelques difficultés cette saison du fait d’une préparation un peu compliquée en début de saison. A l’heure actuelle, quels sont les projets à court et long termes pour l’US Colomiers ?

Déjà, on va se sauver. Clairement on va se sauver. Je le sens au plus profond de moi, je sais qu’on va y arriver. C’est déjà le premier objectif à court terme. Sur le long terme, Colomiers est, et restera aussi un vecteur social. C’est très important pour moi dans mon projet. C’est ce dont nous avons discuté avec le comité directeur : remettre les bénévoles, les parents, tout ce monde au cœur de l’institution. Nous, nous ne sommes que de passage. A partir de là, c’est l’institution qui doit être au-dessus de tout, donc les bénévoles, les parents, et après vraiment cette formation qu’on doit redynamiser avec les U16 qui ont la possibilité d’accéder au niveau National pour avoir cette trame U16 Nationaux, U17 Nationaux, et N2 et ainsi donner un sens aux jeunes qui sont à l’US Colomiers. Quel est l’objectif ? Former des joueurs. S’ils ont la chance de pouvoir être au-dessus du lot. On a un partenariat avec Montpellier, que je remercie encore. Notre club est similaire au leur avec des valeurs familiales très importantes pour la famille Nicollin. C’est un régal de travailler avec eux. Si les joueurs sont au-dessus, ils ont cette possibilité de pouvoir exploser et d’aller côtoyer le monde professionnel. Si ce n’est pas le cas, ils doivent aussi sentir chez nous qu’ils peuvent commencer tout jeune, comme j’ai pu le faire et aller jusqu’à l’équipe fanion avec des niveaux de performance qui sont au rendez-vous. C’est vraiment un objectif parce que nous n’avons pas des finances de mécènes. D’ailleurs si certains veulent venir c’est avec grand plaisir. On est donc obligés d’avoir ce projet bien construit et solide.

Effectivement, la question des finances est l’un des maîtres mots du coach de votre équipe fanion, Patrice Maurel. C’est une équipe avec une régularité quasi-sans faille, malgré un budget largement inférieur à pas mal d’adversaires. J’imagine que rien ne sera chamboulé de ce côté-là…

Un de mes projets est de pouvoir améliorer la situation financière. Même si elle a été largement améliorée par Patrick Delacroix et ses prédécesseurs. On doit continuer sur cette lancée. Mais Colomiers doit être également un vecteur de réseaux pour les entreprises. A travers notre image, on doit leur permettre de faire du business ensemble, dans la convivialité, dans le professionnalisme. C’est comme ça qu’on arrivera à créer l’envie de pouvoir s’inscrire et à aider le club à améliorer son système de finances privées. C’est vraiment un gros projet pour moi. D’ailleurs, on commence dès mercredi. On innove avec le Grand Prix des partenaires de Colomiers. On va inviter les partenaires à faire du karting. On va essayer de monter en gamme, toujours en gardant les pieds sur Terre. On ne sera ni le PSG, ou ni même Colomiers Rugby. Il n’y a pas de souci par rapport à ça. Mais je pense qu’entre les deux, il doit y avoir quelque chose d’intéressant à faire pour améliorer cette situation financière. Après ce n’est pas une fierté de dire que nous sommes toujours dans le top 5 avec un budget qui est plutôt de deuxième partie de tableau. Ça ne reste pas une fierté. J’aimerais qu’on puisse jouer le top 5 avec des finances qui nous permettent ensuite de pouvoir viser plus haut. Malgré tout, c’est une méthode et c’est un engagement de chaque instant de tous les acteurs. Là aussi, ce n’est pas que Patrice Maurel, ce sont tous les éducateurs qui amènent le plus de joueurs possibles vers l’équipe première pour leur permettre de mettre au service du club tout ce qu’ils auront appris durant leur formation. Cette année effectivement c’est un peu plus compliqué. Il suffit qu’il y ai un trou de génération dans tout le processus, et effectivement on se retrouve en difficulté. Là aussi, des clubs auraient sauté sur l’occasion pour se séparer de leur coach. Mais nous ne sommes pas ce genre de club. On a gardé la stabilité. On lui a renouvelé notre confiance et on a essayé de l’aider, de mettre des choses en place. J’espère que ça portera ses fruits.

Vous évoquiez pour vous une certitude du maintien. Ce désir de stabilité plutôt qu’un objectif grand chamboulement n’en est-il pas la source ?

J’en suis persuadé. Aujourd’hui, c’est comme en entreprise. Quand le projet est collectif et partagé où les gens dans la difficulté sont le plus sereins possible car on a construit ça depuis longtemps et qu’on est sûr de nos convictions. Je suis persuadé que ça va marché.

Vous avez parlé du Colomiers Rugby. La ville de Colomiers est la deuxième ville de Haute-Garonne, mais est-ce que la proximité avec un club professionnel comme le Colomiers Rugby ne vous freine-t-elle pas dans votre propre progression ?

Je ne le pense pas. Effectivement le contre-exemple c’est Rodez qui est au milieu de l’Aveyron et qui n’a pas de concurrence autour donc est fédérateur de l’ensemble des entreprises. Mais le bassin Aveyronnais, même si c’est un bassin industriel fort, n’a pas de commune mesure avec le bassin Toulousain. Je pense qu’il y a de la place. Une ville comme Colomiers, c’est presque 45 000 habitants. C’est une ville tournée vers le sport. J’ai eu un soutien de la mairie qui m’a touché et c’est vraiment important pour nous. Je pense qu’il y a de la place pour deux gros clubs, et même trois puisqu’il y a un gros club de basket. Maintenant, c’est à nous de prendre notre part sur la partie financement privé. Il doit également y avoir des synergies à trouver avec le rugby. Dès que la période sportive sera plus calme pour nous, je vais également solliciter le président du rugby pour que l’on puisse se rencontrer et voir les bonnes pratiques qu’il y a chez eux. On en a aussi. On est en train d’organiser le deuxième tournoi d’entreprises au mois de mai où nous sommes quasiment complets. Notre manière de faire, nos installations peuvent attirer des partenaires privés. Si ce partenaire-là donne au rugby, bien évidemment, je comprendrais que sur 100 il donnerait 80% au rugby et peut-être 20% à nous. Mais ces 20% je serais très content de les avoir aussi. C’est là où nous pouvons trouver des choses.

Lorsque l’on a évoqué l’équipe fanion, vous avez évoqué la possibilité d’aller plus haut. Est-ce que ça sous-entend de viser une nouvelle montée en National dans les prochaines années ?

Dans l’immédiat ça serait utopique. Déjà, on joue le maintien donc on va rester à notre place. Parler de montée en National, quand on joue le maintien, ça me parait un peu bizarre. Mais pour moi, un club comme Colomiers a toute sa place en National. C’est ce que je veux dire dans mes propos. Si on arrive à remettre un peu plus de performance sur et la préformation et ensuite celle des U17 et U19, on aura les armes pour exister en National. Mais on ne peut pas faire les choses dans l’autre sens. On n’a pas les finances pour dire qu’on met tout sur l’équipe une. Le sport montre que même si vous avez beaucoup d’argent, vous pouvez ne pas y arriver, voir jamais y arriver. Le PSG en Ligue des Champions est un bon exemple. C’est comme quand vous construisez une maison. Vous avez les fondations. Mais sans ces fondations, tout s’écroule. Quand on est montés en National, nous avons eu la malchance de descendre administrativement. Il faut le rappeler nous ne sommes pas descendus sportivement ! S’il n’y avait pas eu ces fondations derrière, le club aurait pu s’écrouler. Finalement ce n’est pas ce qui s’est passé. Derrière, on rejoue le top 5 et la montée en National deux ans plus tard. C’est dans cette direction que l’on doit se tourner.

Il y a effectivement plusieurs exemples dans le football Français d’équipes qui sont montées, mais se sont ensuite écroulées par manque de fondations. Patrice Maurel en sait quelque chose avec Istres !

Exactement. Et aujourd’hui, le National n’est plus celui d’il y a sept ans ! Aujourd’hui, ce championnat va se professionnaliser. Il y aura des rentrées d’argent qui seront sans commune mesure avec ce que nous avons pu connaître il y a sept ans. Il y a des opportunités. La priorité c’est le maintien avec la refonte des championnats sur les deux prochaines saisons. A ce moment, nous devrons être prêts.

Comme on l’a évoqué, l’US Colomiers ce sont des équipes masculines qui œuvrent en Ligue Occitanie, mais aussi une équipe féminine qui va monter. Quel bilan global faites-vous de cette saison de l’USC ?

Avant de parler des filles, on va finir de parler des garçons. Pourquoi dans le projet avec Patrick Delacroix, on a décidé d’avoir un pôle senior complet N2/R1/R2 ? On a finit premiers de R1, il y a deux ans sans pouvoir monter en N3 car le règlement ne nous le permettait pas. On n’a cependant aucune ambition de résultats sur ces équipes-là. C’est une porte d’entrée pour l’équipe première. On rencontre un problème. Les joueurs qui jouent en U19 Nationaux chez nous, quand ils jouent Marseille, Monaco, St-Etienne, de suite, ils pensent être arrivés. Mais la différence entre les U19 Nationaux et le monde senior est abyssal. Le problème de cette génération c’est de ne pas le comprendre. Pour eux, jouer en R1 ou R2 c’est une punition. Tant qu’on n’arrivera pas à changer ces mentalités, on aura beaucoup de mal. Je suis désolé de ça. J’ai eu la chance d’être dans un centre de formation à Niort et pourtant après les U19 Nationaux, j’ai joué là-bas en DH, puis en CFA2 avant d’être en pro. C’est un cheminement que les jeunes d’aujourd’hui n’acceptent plus. S’ils était si forts que ça, ils ne seraient plus chez nous. Après nous avons des exemples de joueurs ayant joué en U19 Nationaux chez nous qui ont pris le temps et qui ont ensuite signé pro ailleurs : Jordan Adéoti, Guillaume Sarrabayrouse… Notre ambition est d’amener ces jeunes en équipe première. Pour ça, il y a des étapes à faire et j’aimerais que cette génération comprenne qu’on ne peut pas passer du point A au Z sans travail et sans passage sur ces équipes. Avec l’équipe trois, on va tout faire pour se sauver évidemment. Là aussi, comme l’équipe une a été pas mal touchée par les blessures, par le covid, ça a empêché des descentes en équipes deux et par cascade des descentes en équipe trois. Mais j’ai bon espoir que l’on se sauve.

Et par rapport aux féminines ?

Les filles c’est un très bon exemple. Là aussi, nous avions les moyens de mettre un maximum d’argent sur l’équipe première et de monter très vite. Comme l’ont fait d’autres clubs dans la région. On n’a pas fait ce choix. On a d’abord structuré par le bas. Aujourd’hui, nous sommes fiers d’avoir des jeunes filles qui jouent au foot féminin à Colomiers. On a également réussi à mettre en place une classe foot de filles avec le Collège Voltaire. Les mardis et jeudis après-midi, on a des mini-bus qui vont les chercher sur des horaires aménagés et les ramènent pour qu’elles puissent s’entraîner. Tout ça permet, grâce aussi au travail de l’équipe première, d’avoir cette locomotive mais toujours avec les fondations d’abord. Gros travail de Charlène Sorribas et de Cédrid Ait-Ali mon frère. Mais toujours dans l’ordre, c’est le leitmotiv de notre club. Elles vont monter en R1, c’est validé. C’est une très belle opportunité. Il y aura ici aussi une refonte des championnats la saison prochaine avec une montée de R1 en D3 sans barrages. On va continuer à faire grandir. On a beaucoup d’espoirs et on espère vraiment réussir ce pari du foot féminin.

Cette montée en D3, même si l’USC est novice en étant à l’heure actuelle en R2, dans votre projet du foot féminin, cette D3 arrive à pic pour réduire le fossé D2/R1…

Ce n’est même plus un fossé, c’est le grand canyon je dirais ! C’est aussi une opportunité. Il y a plein de choses qui se passent. A nous de faire les choses de la meilleure manière possible en travaillant, sans faire de bruit, ce qui nous ressemble pour être au moment opportun où il faut être.

On va revenir sur ce partenariat avec Montpellier HSC. Que peut vous apporter ce partenariat pour l’avenir ?

Déjà il nous apporte de la reconnaissance vis-à-vis des éducateurs qui font cette formation. Ils n’ont pas décidé de faire ce partenariat avec d’autres clubs, mais avec nous. Le travail de nos éducateurs au quotidien, est reconnu par un club professionnel. C’est vraiment important. Ensuite, il nous amène dans les échanges que l’on peut avoir au quotidien avec eux : les manières d’améliorer les choses, les moyens administratifs, les idées qu’ils ont. Il y a beaucoup d’échanges entre les clubs. Un jeune qui vient à l’US Colomiers sait que ce partenariat existe et s’il a la volonté d’accéder au monde pro, il sait qu’il sera observé d’une manière préférentielle à Colomiers par rapport à Blagnac ou Muret. Si on veut avoir cet axe de progression dans la formation, il nous apporte cette légitimité.

Dernière question, qu’est-ce qu’on peut souhaiter à Florian Ait-Ali, président de l’US Colomiers ?

A moi personnellement rien. J’étais pareil en tant que joueur de foot. Un maintien de l’US Colomiers.