Le directeur sportif du pôle jeune de St Sulpice, David Dias, livre le contenu du projet du club Tarnais

Le directeur sportif du pôle jeune de St Sulpice, David Dias, livre le contenu du projet du club Tarnais

4 mai 2022 0 Par Nicolas Portillo

En avril, David Dias est passé au crible des Experts de Lapanouse Foot. Le directeur sportif du pôle jeune de l’US St Sulpice s’est livré sur son parcours dans le monde du football tant comme joueur qui a bourlingué en France que comme éducateur, arrivé en 2013 dans le club Tarnais.

Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur tes missions au sein du club ?

Ma mission est de monter une équipe U18 avec le pauvre effectif que l’on avait avant le début de saison. Ma première liste était de neuf joueurs ! C’était très compliqué. Grâce aussi à l’aide de Julien Mariou, et de David Garcia qui ont fait un gros boulot, comme tout leur staff. Ils ont fait un gros boulot pour faire venir des joueurs et monter cette équipe U18 qui joue en Haute-Garonne et qui maintien ses objectifs de début de saison, même avec un nombre qui était un peu indécis. Au départ, on ne savait même pas si nous allions pouvoir bien monter cette équipe. Finalement, avec un gros boulot de tout le monde, de ce staff et du club, on a pu monter cette grosse équipe qui marche plutôt pas mal. Tout ça avec aussi une équipe U15 qui était déjà en place avec aussi un staff qui est là depuis un moment et qui continue son chemin, avec un peu plus de difficulté cette année. On essaye de maintenir tout ça et de faire revenir trop de gamins qui sont partis de St Sulpice.

Même si c’est mieux, il y a encore des délicatesses d’effectifs dans toutes les catégories de foot à 11 chez les jeunes…

Oui foot à 11 c’est un peu compliqué. On n’a pas d’équipe U17. On voudrait avoir une équipe dans chaque catégorie, mais ce n’est pas encore le cas. Ça sera un boulot à moyen terme. Les U15 il y a certains deuxièmes années, il y a pas mal de premières années. En dessous des U15, je ne me fais pas de souci. Il y a un gros potentiel de joueurs en terme de nombres. Ce qui est plus inquiétant, c’est qu’il y a un trou entre les 15 et les 18/19. Il y a un gros trou, des gamins qui sont partis. Ça nous a fait mal, mais on essaye de faire revenir ce petit monde.

Quelles sont selon toi les conditions indispensables pour un éducateur qui performe ?

C’est la passion qu’il va amener. Ce qu’il va inculquer à ses joueurs. J’ai été éducateur aussi. Quand je fais mon poste de coach, je le vis vraiment. J’essaye d’aller chercher le meilleur de mes joueurs. La qualité, c’est de fédérer et de donner tout ce qu’on a à apprendre à ces gamins et d’essayer de retranscrire la passion qu’on a pour le foot. Mois j’essaye d’amener tout ce que j’ai en moi. Quand ça se passe bien avec les éducateurs, ce n’est que du positif. Même si on n’est pas toujours tout à fait d’accord. Ça fait parti du jeu. On ne peut pas tous être d’accords, sinon ça serait trop beau. Dans cette mission que j’ai eu cette année, du fait de mon activité professionnelle, je ne fais pas ça tout le temps. Mais je me suis quand même régalé. Ça a été aussi du plaisir.

Selon toi, qu’est-ce qu’il faut comme qualités indispensables pour un joueur de football en préformation de bon niveau aujourd’hui ? Les deux-trois critères indispensables pour faire une bonne performance sur une saison entière ?

Ça fait quelques années que je le remarque. Les gamins ne sont plus fans de foot. C’est ce que je déplore un peu. Des vraiment passionnés. Si tu veux jouer à un bon niveau, si tu n’es pas passionné, il faut déjà ça. Après, te dire que quand tu arrives dans un groupe c’est le collectif qui prime et non tes performances individuelles. Bien sûr ça compte, sur une saison, sur un match. Mais ce qui est important et primordial : tu arrives dans un groupe, tu rentres dans une cohésion. Tu galères ensemble, tu gagnes ensemble. C’est aussi ce qui se perd un peu. Les gamins regardent plus leurs performances individuelles, à regarde le nombre de petits ponts qu’ils ont fait que de jouer vraiment au foot.

C’est global. Tu le vois sur la présence aux entraînements. Dès qu’il commence à pleuvoir, à neiger, maintenant, il n’y a plus personne.

C’est sûr. Ce que j’ai remarqué plusieurs fois, c’est que quand les gamins arrivent dans un championnat, ils regardent où sont les déplacements. Si ce n’est pas trop loin, si ça va leur casser un week-end. Je vais peut-être parler comme un vieux, mais quand je jouais à Millau, on jouait en Honneur Ligue. On avait des déplacements à Lourdes, à Tarbes, à Toulouse en bus. On jouait le dimanche, on était contents d’y aller !

C’est peut-être un changement de philosophie justement. Mais les déplacements que tu évoques c’est ce qui donne envie, d’aller ailleurs, dans d’autres lieux et ne pas rester dans le coin. On peut se frotter à une autre philosophie de jeu comme ça.

C’est ça. Surtout en jeunes. Quand tu fais des déplacements comme ça avec ton équipe. Ces sont des moments géniaux. Tu rigoles, tu passes des bons moments. C’est ce qui a plu. Enfin, ça existe toujours dans certaines équipes. Mais ça perd pied un peu. Les jeunes ne sont plus fans.

Il y a un manque de compétitivité chez les jeunes. Quand tu es formé dans un club, quand tu es U18, U19, ton objectif est de jouer avec l’équipe sénior logiquement. Des joueurs appelés en séniors des fois ne veulent pas y aller !

C’est quand même fou ça. C’est un truc que je ne comprends pas. Quand tu entres en jeune, tu aspires à jouer en séniors en équipe une. Ils ont peut-être un peu moins le goût de l’effort. Ils ont d’autres intérêts et ils veulent profiter de tout. C’est aussi des sacrifices le foot. Comme mon père m’a toujours dit. Quand tu prends une licence, tu le fais à fond. Sinon, tu ne la prends pas. Après c’est aussi des valeurs, une éducation. Je pense que ça passe aussi par là. Il y a quelques années, il y a beaucoup de gamins qui sont partis tester Colomiers, Rodez ou autre parce qu’on leur a fait miroiter de l’argent, et ils s’y sont perdus. Ça devient un gros problème aussi l’argent. Ils partent très jeunes.

Il y a un côté un peu plus mercenaire dans toutes les catégories du foot, quelle que soit la catégorie. Des hommes comme Gaël Paineau au Vignoble par exemple (retrouvez son interview par ici), il n’y en a plus. Si un joueur prend 50€ en plus dans un club différent, il ira.

Oui c’est le problème. Beaucoup de très bons gamins se sont perdus parce que pour jouer dans ces clubs en une, il faut faire des efforts et montrer à chaque fois. Le dégoût arrive parce qu’ils ne montrent plus rien et ils jouent en deux, en trois, en quatre de ces équipes. Ils s’y perdent, s’y dégoutent et arrêtent. Combien de gamins très bons ont arrêté le foot car ils n’y sont pas arrivés.

On va revenir un peu sur St Sulpice, dans les autres catégories, est-ce que vous avez des résultats convaincants ?

Les catégories sous le foot à 11 ? Oui c’est convaincant. On peut toujours faire mieux. Mais je trouve que ce n’est pas mal. Cette nouvelle génération aime davantage le foot. Après, il faut savoir garder ces gamins pour les former jusqu’en sénior et qu’ils fournissent toutes ces équipes séniors. Le gros boulot, c’est de les garder, de bien les former avec des éducateurs. Des éducateurs, il y en a de moins en moins aussi. Il y a un tout. Moi je trouve que c’est positif sur ce qu’on a à partir des U13. En nombre, en qualité, je trouve que ce n’est pas mal.

Au sein du club, est-ce que vous avez une personne qui s’occupe des éducateurs ou des coachs des jeunes pour les accompagner, leur faire faire des formations, avoir un projet de suivi club sur les entraînements mis en place ?

On a deux référents école de foot qui s’occupent des catégories de U7 à U13. Oui, il y a un suivi mais c’est encore compliqué de faire passer des formations aux éducateurs. On essaye déjà de trouver des éducateurs pour accompagner ces gamins-là. C’est déjà un gros boulot. Maintenant, à moyen terme, il va falloir que ces éducateurs soient formés et passent les diplômes qu’il faut. Ça va être encore un gros boulot.

Je ne parlais pas justement de diplômes, mais les accompagner au quotidien, voir quels peuvent être leurs problèmes et voir si on peut les aider. De ce qui se fait un peu partout, surtout les jeunes catégories U7, U5, ce sont des parents qui commencent parce qu’ils veulent filer un coup de main. Souvent ça part du coup de main à je me retrouve responsable de l’équipe à un moment donné.

Les éducateurs en place, ce sont des gars qui ont joués, qui ont entraînés. Il y a un bon vivier d’éducateurs. Il faut qu’ils soient accompagnés par d’autres. Je prends la catégorie de ma fille en U9. Ils sont plus de quarante. Tu ne peux pas avoir cinq ou six éducateurs qui ont déjà entraînés et joués. Je pense que chez nous, il y a quand même un bon suivi.

Est-ce que vous êtes déjà sur la saison prochaine ? Avec des joueurs qui reviennent ?

On travaille beaucoup et nous sommes sur un gros projet.

Par rapport à la qualité des U18 de cette saison, certains ont-ils déjà pu intégrer les séniors ?

Il y en a qui ont fait quelques matchs en équipe trois et en équipe deux. Il y a deux joueurs qui ont fait quelques entraînements avec l’équipe une. On y va petit à petit. Mais on y va sûrement. Il ne faut pas les brûler ces gamins-là. Mais il y a un potentiel intéressant qui le sera d’autant plus l’an prochain, j’en suis sûr. Il y a quelque chose à faire si ces gamins restent. Dans quelques années pour l’équipe sénior, ça peut être pas mal.

Chez les séniors, vous avez déjà pas mal de jeunes qui ont moins de 28 ans…

Oui il y a pas mal de jeunes. C’est sur la bonne voie. Le projet se met en place. Il ne faut pas oublier qu’on a changé de direction et de staff l’an dernier. C’est une année de transition, un peu charnière.

Avec ces changements tu te retrouves à être l’un des plus anciens dans le club au final !

Finalement oui. Après, il en reste toujours des anciens, il en reste toujours des vrais Saint-Sulpiciens. On va les appeler comme ça. Ils sont toujours là.

Comment as-tu vécu justement ce changement de direction ?

À titre personnel, je connaissais bien notre nouvelle présidente donc je n’avais pas peur. Je savais qu’elle allait faire un gros boulot parce qu’il y avait un gros boulot à faire. L’ancien président était là depuis des années. Changer comme ça c’est toujours compliqué. Mais je savais qu’elle allait réussir à faire quelque chose de bien et c’est ce qu’elle fait.

Des personnes font des retours comme quoi c’est plus agréable de venir au club, attention ce n’est pas une critique…

Il y a plus de communications qu’avant. Les choses sont cadrées et quand chacun est à son poste, ça marche.

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