Dossier – L’Omertà sur l’homosexualité dans le foot…

Dossier – L’Omertà sur l’homosexualité dans le foot…

17 mai 2022 0 Par Nicolas Portillo

A l’image du regretté Justin Fashanu (en photo sous le maillot de Norwich City) et de son parcours tragique (rejeté par ses pairs après son coming-out avant de se suicider en 1998), l’homosexualité est encore un sujet tabou dans le monde du football. Le football amateur suit également cette loi du silence.

« Dans le foot, si tu dis être homo, c’est fini. » C’est avec ces mots forts que Patrice Evra avait résumé le sujet le sujet mi-janvier dans les colonnes du Parisien. Si ces mots peuvent faire mal, ils sont la triste vérité pour nombres de footballeurs au quotidien. Des regards différents, en particulier dans les vestiaires, un rejet plus ou moins flagrant, c’est une situation compliquée qu’a vécu Erwan durant sa vie de footballeur. S’il est aujourd’hui retiré du monde du ballon rond pour raisons professionnelles, Erwan a subit les à priori inhérent à son orientation sexuelle dans le monde du football. « Pour ma part, je fais abstraction de mon orientation sexuelle dans ce sport, c’est ma vie privée » souligne l’ancien footballeur. La suite des événements va malencontreusement lui montrer qu’il fait erreur. Si ses coachs faisaient preuve de tolérance, les coéquipiers d’Erwan ne présentaient pas la même ouverture d’esprit. « Certains avaient une résistance à ce que tu prennes ta douche, pensant sans doute que tu allais leur sauter dessus. » Une fois son coming-out réalisé à 17 ans, Erwan a du adapter sa vie sportive en fonction. « Afin de ne pas jeter de l’huile sur le feu », son petit-copain préférait s’abstenir de venir le voir à la sortie des entraînements. Même si Erwan se remémore davantage avec peine les railleries au quotidien, tel un fardeau que certains semblaient trouver logique de lui infliger. « Ce qui gêne le plus, c’est le regard de certains bénévoles et joueurs, toujours dans le jugement, les phrases humoristiques sur les homosexuels, et sur le temps ça devient très lourd. » S’il a parfois failli baisser les bras, le footballeur a pu profiter d’un allié de poids, un membre de sa famille qui l’ « accompagnait comme un frère dans ce chemin de pèlerin. » Pour Erwan, ça ne fait pas de doute, de telles situations sont avant tout le fait de clichés malsains persistants sur l’homosexualité. Il se désigne presque en porte-drapeau de la cause, soulignant que l’ « on assimile souvent les gays à certains qui vont dans des lieux publics ou autres pour assouvir leurs fantasmes. Je voudrais dire qu’il ne faut pas généraliser. » Avec le recul, Erwan pense que le salut de l’homosexualité dans le foot, comme dans la société, pourrait bien venir des jeunes générations qui semblent plus ouvertes d’esprit sur le sujet… à l’image déjà aujourd’hui de la gente féminine.

Un tabou moins présent chez les féminines

Il semblerait bien que chez ces dames, l’orientation sexuelle pose beaucoup moins de soucis, que ça soit dans les vestiaires ou sur le terrain. Pour Lulu, ses préférences sexuelles n’ont en effet jamais posé de problème, quel que soit son club. « Plusieurs étaient déjà homosexuelles, souligne Lulu, mais même pour celles qui ne l’étaient pas, il n’y avait aucun problème. Personne n’était gêné dans les vestiaires en mode : ouais, elle va me regarder. » Pour Lulu, il y a une singularité dans son nouveau club cette saison. « J’ai précisé dès mon arrivée que j’étais en transition. » Ainsi, Lulu a enclenché le processus pour devenir un homme : prise de testostérone, ablation à venir de la poitrine, changement de prénom à l’état civil… Fraichement arrivé dans son club au moment de lancer vraiment sa transition, Lulu avait quelques appréhensions sur le regard de ses coéquipières. Le naturel timide et réservé de Lulu n’a pas aidé la chose. Pourtant, la glace a rapidement été rompue, et les appréhensions levées. Aujourd’hui, Lulu savoure pleinement sa saison au sein de son équipe et se sent totalement en confiance. « Elles ne savaient pas trop si elles devaient m’appeler il ou elle. Au fur et à mesure, de la complicité a commencé à se faire, des liens se sont tissés et je n’ai aucun problème avec ça. » Pourtant, la prochaine saison de football pourrait bien ne pas être un long fleuve tranquille pour Lulu avec l’évolution de sa transition.

Lulu obligé d’arrêter le foot ?

La décision de Lulu reste un cas très rare. D’autant qu’il ne subira pas de phalloplastie (opération visant à changer de sexe). Mais entre les métamorphoses physiques et la prise de testostérone, Lulu craint que sa licence de football pose problème la saison prochaine. « Ils voient une fille rentrer avec de la barbe, il y aura des réserve toutes les semaines. » Car malgré sa transition, Lulu voudrait se déclarer sous une licence féminine afin d’éviter des malaises comme peut le rencontrer Erwan. « Si je n’ai pas le droit de jouer avec les filles, je pense que je ne jouerais plus au foot. Si je suis dans un vestiaire garçon, sans avoir le sexe d’un homme, je ne suis pas sûr que ça passe bien. Je risque de me sentir très mal à l’aise. » Pour cela, Lulu souhaite essayer de faire toutes les démarches auprès de sa Ligue Régionale pour éviter de mettre son club dans l’embarras, si ladite Ligue accepte sa demande. « Comme ça, si la Ligue me l’autorise, j’aurais mon papier sur moi pour chaque match et je le montre. Il n’y a aucun problème. » Nul doute que la situation de Lulu pourrait être un précédent intéressant pour toute personne souhaitant se lancer dans le même processus, quel que soit son avenir dans le football.