Parti cet hiver en Nouvelle-Calédonie pour raison professionnelle, Gilles Garcia reste avant tout un amoureux du ballon rond. L’ancien entraîneur de Fleurance et d’Auch a vite retrouver un projet sportif sur l’île où il a rapidement pris du galon par la force des choses…

Déjà, peux-tu nous en dire un peu plus sur votre arrivée en Nouvelle-Calédonie. Vers où vous situez-vous exactement et comment se passe la vie là-bas ?

Bonjour à tous les amoureux du football. J’ai obtenu une mutation en Nouvelle-Calédonie en tant qu’enseignant. J’ai donc embarqué ma femme et mes trois enfants dans une nouvelle aventure depuis fin janvier laissant de fait mes élèves du Garros et mes joueurs d’Auch football en pleine saison car l’année scolaire est décalée et débute en février ici. Nous sommes en province nord « en brousse » comme on dit ici et à Koné plus exactement, une ville de 8000 habitants à 3h de Noumea.

Ça doit changer des terres Gersoises !

En effet le changement est radical mais les paysages juste fabuleux. Quand tu couples ça avec les levers et couchers de soleil tu obtiens des vues dignes des plus belles cartes postales alors on essaye de profiter à fond et d’en prendre plein les mirettes.

Finalement, tu as vite remis le pied à l’étrier. Le monde du football te manquait déjà trop. Dans quel club tu es maintenant ?

Dans l’avion en direction du Japon pour la première escale, je recevais un message de l’ancien sélectionneur de la Nouvelle-Calédonie Thierry Sardo, actuel coach de Cognac avec qui j’étais en contact par le passé lorsqu’il gérait la sélection. Il me proposait de me mettre en relation avec deux clubs de super ligue qui étaient intéressés par mon arrivée. Un club plein d’ambitions, actuel premier du championnat, mais à 3h de route de chez moi avec cinq séances par semaine donc injouable et un autre plus modeste mais à 5 minutes de ma maison. Me voilà donc entrant dans le staff de la JS Baco de Koné.

Peux-tu décrire le club du JS Baco ?

Le club est dans la super ligue, plus haut niveau local, il possède un terrain d’honneur magnifique, le complexe Lucien Yoshida accessible pour les matchs seulement malheureusement, un terrain de beach-soccer et 3/4 de terrain en pelouse synthétique. Pourtant ce retour au football précipité n’était absolument pas prévu au départ car on avait passé une sorte de pacte avec ma femme et mes enfants. Pas de foot en Nouvelle-Calédonie on profite des week-ends en famille ! La négociation fut alors rude pour convaincre ma famille mais comme d’hab ils ont été sympa avec moi même si j’ai du faire quelques concessions.

Tu es même redevenu directement coach principal ! Comme quoi les planètes étaient alignées pour que tu retrouves le monde du football !

L’histoire est un peu plus complexe que cela. On va dire que je suis entré dans le club en tant que numéro 2 et me suis retrouvé parachuté coach principal au bout d’une semaine de présence. Il a donc fallu renégocier avec ma famille car ce n’était pas le deal de départ (rires). Ma méconnaissance de la culture, des coutumes et du football Calédonien fait que je ne souhaitais absolument pas me retrouver en première ligne mais je ne pouvais pas laisser le club sans entraîneur et donc dans la panade. J’ai alors accepté de passer coach principal.

Comment se passe la saison et l’intégration avec ton nouveau groupe ? et au niveau des résultats ?

J’ai donc intégré le staff alors que trois journées étaient jouées puis à la tête de l’équipe à la quatrième journée.  Voilà certainement un des challenges les plus compliqués à relever de ma petite carrière mais ô combien excitant puisque nous sommes bons derniers au bout de six matchs avec six points (NDLR la défaite rapporte un point), dernière attaque et dernière défense du championnat. Une bataille perdue d’avance pour beaucoup d’observateurs mais on va s’accrocher… L’intégration s’est plutôt bien passée, les joueurs sont très respectueux du coach. Ici, impossible pour moi de porter un sac de ballons ou de maillots, ils s’en chargent…

Et avec cette mission impossible, quelles sont les ambitions affichées ?

Avec une descente directe et l’avant dernier qui joue les barrages l’objectif est clairement le maintien et ce sera très dur vu les résultats du début de championnat et ce que j’ai pu observer jusqu’alors des adversaires.

Le football en Nouvelle-Calédonie, ça se passe comment ? Est-ce que tu sens une grosse différence avec l’Hexagone ?

Je ne peux pas faire une généralité je n’ai pas assez d’expérience encore sur le territoire et peu de recul à ce jour et c’est pour cela que je me garderai bien de parler du fonctionnement des autres clubs. Concernant le fonctionnement de la JS Baco, j’ai toujours eu l’habitude de fédérer autour de moi et me constituer un staff conséquent en métropole, ici je suis seul pour gérer jusqu’à 30 joueurs sur 3/4 de terrain avec des buts à 7 sans filets, un éclairage catastrophique sur le terrain d’entraînement et sans but mobile. Je ne sais jamais combien de joueurs seront sur les séances alors que toutes mes séances étaient calibrées à Auch et les équipes faites avant le début de l’entraînement pour faire évoluer les joueurs au poste et coordonner les déplacements par et entres lignes. Impossible ici, pour l’instant, de fonctionner de la sorte. Inconcevable pour moi il y a encore quelques semaines, je dois désormais m’adapter, fonctionner avec ces impondérables et faire en sorte que ça marche… Nombre de joueurs de l’effectif bossent à la mine de Nickel avec des horaires changeants qui impactent fortement les organismes, les présences  aux entraînement et par ricochets les prestations et les présences les week-ends.

Et sur les aspects financiers et le style de jeu ?

Concernant les matchs que j’ai pu observer c’est beaucoup de jeu direct, des systèmes de jeu véritablement portés sur l’attaque, des tribunes bien garnies. Deux matchs par week-end sont diffusés sur Canal+ Pacifique et YouTube en parallèle. Il existe une véritable ferveur pour le football et le soutien des supporters est inconditionnel, même quand tu prends une branlée. Le fair-play des joueurs sur le terrain est exemplaire, les arbitres sont de bons niveaux et sont très permissifs ce qui donne un jeu un peu rugueux qui n’est pas pour me déplaire. Quatre à cinq équipes se détachent du championnat par leur jeu. Concernant les budgets, je tire mon chapeau aux clubs pour les boucler car les déplacements de toutes les catégories sur les îles notamment avec toute la logistique que cela implique coûtent chers (bus, vols en avions, location véhicules sur place, hébergement, restauration…). Mon club loue les terrains d’entraînements à la municipalité et a peu de subventions privés… d’ailleurs si certains partenaires veulent me soutenir en Nouvelle Calédonie pour aider mon club, je suis preneur (rires)

Ces différences avec le football hexagonales sont positives ou négatives selon toi ?

Il y a donc beaucoup de différences mais je me garderai bien de comparer publiquement mais je peux vous parler de ce que je trouve admirable… Le respect des anciens ici est très fort,. L’amour du football est remarquable. Les joueurs arrivent à l’entraînement avec une bonne humeur contagieuse. Le soutien des supporters est superbe à voir et à l’heure où je réponds à cette question, les joueurs chantent sifflent, rigolent, et la musique résonne à fond dans le bus qui nous porte à Noumea pour ensuite prendre l’avion pour le deuxième déplacement de la saison sur l’île paradisiaque de Lifou. On est donc loin des casques sur la tête et dès comportements parfois égoïstes d’un paquet de joueurs dans l’hexagone, même si dans le Gers nous étions quand même pas mal épargnés. Je me dis alors que les Calédoniens et surtout les Kanaks ont tout compris et qu’ils ont raison de profiter de l’instant présent et de la vie, la vraie !

Tu commences donc une nouvelle aventure avec ce club, que voudrais-tu créer dans ce nouveau chapitre ?

Avec beaucoup d’humilité j’essaie d’apporter un projeté de jeu ambitieux avec de la rigueur dans les horaires, de l’intensité dans les séances, leur donner des repères tactiques, travailler sur les stratégies sur coup de pieds arrêtés et leur faire prendre conscience du boulot qu’il reste à accomplir dans les transitions entre autre… C’est un énorme chantier mais les joueurs semblent adhérer et moi je m’éclate comme un petit fou sur les séances. Je profite de l’occasion que tu me donnes pour faire un petit clin d’œil à mon club de cœur de Fleurance qui va jouer deux matchs capitaux pour se maintenir, ainsi qu’à mon club d’adoption, Auch football que je remercie de m’avoir fait vivre de superbes années avec un staff et des joueurs formidables. Un grand merci encore à Christophe Capian ce sorcier passionné de football grâce à qui j’ai beaucoup appris et j’espère qu’un jour nous réformerons un duo qui sait… Enfin je ne sais pas si certains membres de la JS Baco liront ces quelques lignes mais je tiens à leur témoigner de toute mon affection pour leur aide au quotidien dans mes démarches administratives et les remercie de me faire vivre des choses que peu de métropolitains auront la chance de découvrir en Nouvelle-Calédonie. Remerciements appuyés à Noam et Raymond, et force courage à mes joueurs pour le challenge qui nous attend…