C’est tout simplement une page du football Occitan qui va se tourner ce dimanche. Après plus de 20 ans au niveau sénior à user ses gants aux niveaux R1, R2 et N3, Cédric Garcia a décidé de raccrocher lesdits gants définitivement. Cette rencontre contre l’US Colomiers II aura sans conteste un goût différent pour l’ancien international Français. Retrouvez l’intervention du portier dans l’émission de notre partenaire Lapanouse Foot.

On sait que tu n’es pas un novice dans le métier. Ça fait quelques années que tu roules ta bosse. Gardien c’est un poste un peu plus particulier, mais qu’est-ce qui t’a permis d’avoir une telle longévité en restant quasiment toute ta carrière au plus haut niveau régional, voir au dessus ?

Ma signature à Revel il y a 16 ans, c’était pour jouer en DH. L’objectif était de faire une saison ou deux et de se servir de Revel pour avoir un tremplin et rebondir sur des clubs de la région Toulousaine avec des clubs à un niveau au-dessus. Finalement, j’ai pris attache à Revel, j’ai sympathiser avec pas mal de personnes sur place qui sont devenus des amis. Au final ça fait maintenant 16 ans que je suis resté au club et fidèle à ce club. Malgré plusieurs contacts de clubs, j’ai toujours voulu rester à Revel pour diverses raisons.

C’est cette attache avec Revel qui t’a permis de garder ce niveau au top et de réussir à rester au haut niveau ?

Oui c’est ça. Après, quand on joue au plus haut niveau régional, ça demande aussi pas mal de concessions. À force d’être aux entraînements et d’être au plus haut niveau sur la régularité, le fait d’être capitaine aussi, ça m’a permis de tirer un maximum vers le haut et de rester au haut niveau régional.

Ça fait combien d’année que tu es capitaine ?

Ça va faire dix ans. J’ai rapidement pris le brassard. J’ai pris la suite après Julien Barzi. C’était le capitaine emblématique du club. Une fois qu’il a raccroché les crampons, j’ai pris le relais.

Quel est le coach qui t’a le plus marqué, qui t’a fait le plus progressé et avec lequel tu retiens le plus de paliers franchis ?

Je vais répondre simplement. Tous m’ont apporté chacun au fur et à mesure. À Revel, je vais retenir mon passage avec Jacques Pelissier qui était l’entraîneur des gardiens. Quand je suis arrivé, il m’a de suite pris en main et m’a de suite fait comprendre. J’arrivais du monde corpo, j’arrivais du labo Fabre. Je découvrais le foot au niveau civil et notamment au niveau des séniors. C’est lui qui m’a fait découvrir ce niveau et m’a un peu orienté vers le fait de rester à Revel toutes ces années. Après, chacun a eu son passage depuis tout petit jusqu’à aujourd’hui. Chacun m’a marqué. Plus l’un que l’autre, c’est compliqué d’en sortir un. Surtout qu’en étant gardien, on a une relation particulière avec les coachs. Que ce soit l’entraîneur des gardiens ou les entraîneurs en général. J’ai plus ou moins de très bonnes relations avec tous.

Est-ce qu’il faut être un peu fou pour être gardien de but ?

Ça c’est le cliché de l’image de l’ancien gardien. Aujourd’hui, le poste a clairement évolué avec le jeu au pied, le gardien qui joue beaucoup plus haut. Ce sont des joueurs maintenant. Cette notion de fou y était avant parce qu’il y avait beaucoup de gardiens kamikazes, un peu timbrés. Mais aujourd’hui, il faut avoir un peu plus la tête sur les épaules. Ça va plus vite aussi. Aujourd’hui, un gardien, on lui demande énormément. Il faut être agile avec ses mains, adroit avec ses pieds donc il faut aussi être intelligent au niveau de la vision du jeu. C’est un poste à part entière.

Est-ce que nous donner les moments les plus forts de ta carrière ?

Il y en a quelques uns. On retient principalement les victoires. J’ai eu la chance d’évoluer avec l’équipe de France de Foot Entreprise pendant quatre ans. On a eu un titre de champions d’Europe. Après j’ai la montée en CFA 2 avec Revel, avec une bande de copains. Sur le papier, on n’était pas du tout annoncés pour monter. C’est la cohésion et l’esprit d’équipe de copains qui nous ont permis de monter. Ce sont des moments qui marquent. Après même un maintien ça reste gravé aussi. J’ai joué plus souvent des maintiens que des montées avec Revel. Ce sont des moments clés. Je dirais ces trois-là. Si je devais en choisir un, ça serait la montée en CFA 2 avec Revel il y a 10 ans.

Pour un poste si particulier, c’est un plaisir d’apprendre aux plus jeunes. Est-ce que tu te projettes en tant que futur éducateur ?

Déjà cette année j’avais passé le cap. C’est moi qui animait les spécifiques gardiens, tout en les faisant aussi avec les jeunes, du moins les séniors. Pour la saison prochaine, j’ai accepté un poste de Directeur Sportif au sein de l’US Revel. Je vais avoir en charge les catégories séniors un, séniors deux et U18. J’aurais également en semaine les spécifiques à gérer auprès des gardiens. J’ai envie de redonner au club ce qu’il m’a apporté notamment passer le relais au niveau des jeunes.

Et tu ne quittes pas le terrain en quelques sortes…

Non, j’arrête, je ne prends pas la licence. Ma femme va être contente les samedis et dimanches. M’investir la semaine, ce n’est pas un souci. Mais c’était aussi mon souhait, je voulais rester au club mais c’était ma condition d’avoir mes week-ends disponibles pour pouvoir faire passer la vie de famille en priorité. Après j’ai le choix si je dois y aller ou pas. C’est moi qui déciderait si je suis un match ou pas. La priorité est vraiment de faire passer la vie de famille devant les week-ends.

Il n’y a pas un club de vétérans qui traîne ? (rires)

Il y a une équipe vétéran à Revel. C’est le vendredi soir donc on verra. Chaque chose en son temps. Même si j’ai déjà ma licence vétéran depuis trois ans.

Comme disait notre formateur Francis Fernandez. Il y a toujours un match en tant que gardien où tu fermes tout à clé et où rien ne rentre. Dans tes souvenirs, quel est ce match-là où tu as été en surperformance ?

Ça remonte à il y a 10 ans en CFA 2. On recevait les Girondins de Bordeaux. Dans la poule, on avait toutes les réserves pro. On a reçu Bordeaux à la maison, on gagne 1-0 et j’ai fait clairement le match de ma vie. Il n’y avait rien qui rentrait. Il pouvait tout se passer, ça ne passait pas ce soir-là.

Pour évoquer cette fin de carrière, ton coach, Jérôme Rougé nous a laissé un message pour toi …

Jérome Rougé :« Salut Cédric, juste un petit message. Clap de fin pour toi ce dimanche chez toi à Revel face à Colomiers. Pour ton dernier match en tant que gardien de but et en tant que capitaine exemplaire de l’US Revel. Toujours fidèle au club depuis plusieurs années. Je suis fier en tant qu’entraîneur d’avoir partagé un petit bout de chemin dans ta carrière sportive avec toi. Je retiendrai, au-delà des résultats sportifs et de notre titre de champion de R2, un grand homme, un grand capitaine sur lequel on peut s’appuyer, un superbe relais en tant qu’entraîneur auprès des joueurs. Juste pour te féliciter pour cette longue carrière. Je crois que tu es devenu un joueur emblématique de la Ligue Occitanie. Connu et reconnu de tous. Tu vas continuer à œuvrer l’année prochaine en tant que directeur sportif pour ton club de cœur, l’US Revel avec lequel tu as toujours été fidèle. Un super mec, continue comme ça. On a partagé de supers moments au niveau du football bien sûr, mais aussi au niveau des valeurs humaines. On a appris à se connaître, à échanger. Ne change rien et profite bien de cette dernière dimanche face à Colomiers. Je suis sûr que les tribunes seront pleines pour ta dernière. À dimanche. »

Ça te fait quoi ce discours de Jérôme Rougé ?

Merci déjà à Jérôme pour ce message qui me touche vraiment. Lui quia décidé de quitter l’US Revel pour diverses raisons. Maintenant ça fait quatre ans que j’ai appris à le connaître. On a travaillé ensemble lors de son arrivée. En étant capitaine, il s’est énormément appuyé sur moi. On a eu une relation de confiance tout le long, et encore ce week-end comme nous sommes encore dans le coup. Un super mec que j’adore et qui est devenu un ami et qui le restera par la suite même s’il va coacher ailleurs. On restera en contact. Je le remercie pour ce message d’ailleurs.

Tu as un certain écart avec certains de tes coéquipiers. Comment tu fais pour garder le contact avec tout le monde et ne pas avoir l’impression d’être considéré comme le papi du vestiaire ?

C’est vrai que j’ai des jeunes qui ont 17 ans. Il y a un sacré écart, moi je vais faire 38 cet été. Il y a cette forme de respect qui fait qu’aujourd’hui, je suis encore là. Les mecs me respectent, m’écoutent. Jamais un mot déplacé envers moi. C’est ce qui a fait que ça a pu duré aussi longtemps. Après, je suis écouté. J’ai une multi-casquette. J’ai le rôle du copain, du grand frère, du coéquipier, du capitaine mais j’ai aussi un peu le rôle de coach parce que je fais la transition entre le groupe et le staff. Cette casquette me permet d’être à l’écoute de tout le monde, d’être écouté par tout le monde. Je me répète, mais c’est aujourd’hui ce qui a fait ma longévité.

Ça donne une situation assez cocasse. Au final tu joues avec des joueurs qui n’étaient même pas nés quand tu as joué tes premiers matchs en sénior !

Oui, et là où ça m’a encore plus touché, entre guillemets, quand j’ai signé à Revel, les premiers matchs, on rentrait avec des ramasseurs de balles, et aujourd’hui je joue depuis trois-quatre ans avec ces mecs-là. C’étaient les mecs qui me donnaient la main quand je rentrais pour mes premiers matchs à Revel. Aujourd’hui, ils sont avec moi sur la compo, c’est là qu’on se dit que le temps passe. Après je peux parfois être un peu méchante. Il faut aussi savoir taper du point sur la table. Je peux passer parfois pour le vieux con. Mais après j’aime bien la vie et profiter aussi. Je joue au foot, mais j’aime bien les moments qu’on partage aussi après. Pour ça je ne suis pas trop difficile.

Quel joueur avec lequel tu as pu joué t’as le plus impressionné ? Que ça soit à l’entraînement ou en performances en matchs ?

C’est des questions pièges ça. Si je dois en ressortir un, sur les derniers temps, je vais retenir Anthony Martinez. Un attaquant que j’avais il y a deux trois ans quand nous sommes remontés de R2 en R1. C’était un vrai attaquant, l’attaquant pur par excellence. Pied droit, pied gauche, peu importante la situation, il arrivait à se mettre face au but et à enquiller but sur but. C’est vraiment l’attaquant idéal qui nous a manqué à Revel depuis tant d’années et qui nous manque encore aujourd’hui. Si je devais en retenir un sur les dernières années, ça serait lui. Après je pourrais en faire une page entière avec tous les mecs avec lesquels j’ai joué, avec lesquels je me suis entraîné. J’ai aussi une pensée pour mon pote Boris Delpas qui était numéro 10 quand on est monté en CFA 2. C’était un joueur élégant.

On va parler de ce qui pique un peu plus : cette dernière saison avec Revel. Qu’est-ce qui vous a manqué pour espérer batailler un peu plus pour rester en R1 ?

Je pense que c’est un tout, un ensemble. On a fait le constat avec le président et le coach. Je pense que le covid ne nous a pas épargnés non plus. Les mecs n’ont pas forcément eu une préparation correcte pendant les deux dernières saisons. On a repris cette saison post-covid, les mecs sont arrivés en claquettes. La reprise s’est faite doucement. On était biens. On a puisé un peu dans les ressources jusqu’aux 64èmes de finales de Coupe de France contre Agde où on s’est fait sortir aux penaltys. Ça nous tenait un peu et après, compliqué et dans le dur. Une reprise un peu compliquée en janvier. On manquait un peu de rythme. Après comme je disais, on a fait notre constat. J’ai aussi ma part de responsabilité dans le vestiaire. Le président a la sienne, le coach a la sienne. Les joueurs ont la leur. L’effectif est quasiment le même depuis la remontée de R2 en R1. On a étoffé le groupe avec un ou deux joueurs. Avec la situation géographique de Revel, c’est difficile de recruter ou d’attirer des joueurs pour nous. On n’a pas un effectif assez large. Du coup, dés qu’on commence à avoir des blessés, des suspendus ou des mecs qui bossent ou un manque d’entraînement, c’est compliqué d’aligner une équipe compétitive. On compte aussi sur le retour de blessures de certains joueurs et peut-être qu’on les fait reprendre un peu trop tôt du fait du manque d’effectif. On tire sur la corde de tout le monde. C’est ce qui fait que c’est compliqué.

Par rapport à ton rôle de capitaine. Tu as dis que tu avais le brassard depuis 10 ans. Ça veut dire que tu vois passer pas mal de choses, tu dois faire le lien entre les générations. Quel est le rôle aujourd’hui de ce capitaine emblème. Jusqu’où tu interviens ?

Difficile à dire. J’ai vraiment une multi-casquette. J’intervenais dés le début de saison en tant que capitaine sur le recrutement avec les coachs. C’est moi qui mettait en place avec le coach le déroulement de la préparation physique, les matchs amicaux. Je m’occupe des équipements, des amendes. J’ai eu vraiment un rôle plus relationnel avec les joueurs. Comme on le sait, les joueurs, je les ai H24 au téléphone. Je suis un grand frère, un copain. Il y a tout ce quotidien à gérer tout le temps. C’est usant aussi un peu. Je pense que là, je vais bien souffler et enrôler ma nouvelle casquette de directeur sportif. Je vais essayer de prendre un peu de recul par rapport au groupe pour ne plus intervenir et qu’ils soient un peu autonomes. J’espère intervenir que quand il n’y aura vraiment besoin.

En fait, tu étais manager avant !

Ouais un peu tout. Le lien entre le bureau, le staff, les joueurs. Beaucoup de fonctions. Après je l’ai fait parce que je voulais bien aussi. Ça demande beaucoup de temps, ce qui fait aussi que pour ma femme ça devient compliqué. C’est H24 au quotidien. Les entraînements plus le téléphone…

Le match de dimanche aura une saveur spéciale pour toi donc je voulais savoir comment tu abordais cet affrontement avec Colomiers et si tu peux nous en dire un peu plus sur tes ambitions comme directeur sportif, rôle qui commencera dés ce lundi !

Fonction qui a déjà commencé. Le match de Colomiers, il me tarde de le jouer. Ça fait plusieurs saisons que je disais que ça serait la dernière. Je rempilais pour diverses saisons. Le fait de se dire que c’est vraiment le dernier, il me tarde. Je sais qu’il va y avoir du monde : mes proches, la famille, les amis seront présents. Une page va se tourner. Le club existait avant, il existera après. À un moment-donné le livre ne se ferme pas, mais une page se tourne. Sur une nouvelle page de directeur sportif, qui a déjà commencé. J’ai déjà trouvé le remplaçant de Jérôme pour la saison prochaine. J’ai déjà attaqué le recrutement avec la signature de mon frère qui va me remplacer pour la prochaine saison. Mon frère nous rejoint de Castanet donc. Ça montre l’ambition du club. On descend en R2 et l’objectif est de jouer les premiers rôles pour remonter au plus vite comme nous l’avons fait il y a trois ans. J’ai déjà acté deux signatures de plus mais je ne pourrais pas donner de noms car les gars n’ont pas encore fini la saison. Je resterais encore un peu silencieux sur ça.

Est-ce qu’un jubilé est prévu ?

Un jubilé est prévu. Tout est prêt et organisé. Je ne voulais pas forcément le faire. C’est mon frère qui m’a poussé à le faire. Je voulais attendre de le faire un peu plus tard. Ça sera fait courant été. J’ai lancé les invitations et on devrait être plus de 200 personnes. Je ne vais pas ébruiter la date car on risque après de se retrouver à 400 et ça ne sera plus possible.