A.Medjahri (Gaillac) « Il me tarde de savoir ce que nous sommes capables de faire sur une saison entière »

A.Medjahri (Gaillac) « Il me tarde de savoir ce que nous sommes capables de faire sur une saison entière »

27 juin 2022 1 Par Nicolas Portillo

Interviews croisés entre le coach Gaillacois, Abdelkader Medjahri et son bras droit, Rachid Baach, à l’occasion de l’émission de Lapanouse Foot. Les deux compères reviennent sur la saison éprouvante de l’USG et les ambitions que doit tenir le club à l’avenir.

L’équipe fanion de l’US Gaillacois a obtenu son maintien en R3, on peut le dire, c’était un maintien acquis aux forceps.

AM : Oui, un maintien acquis dans la douleur et dans la difficulté. Les gars se sont motivés pour aller chercher ce qui leur appartient aujourd’hui. Ce n’est qu’à eux, et ils l’ont fait.

On sait que malheureusement souvent dans les clubs de foot il y a un monde, voir deux entre les groupes masculins et féminins. Chacun chez soi comme on dit. Est-ce que c’est pareil du côté de Gaillac ou à l’inverse les deux groupes sont plutôt unis ?

AM : C’est quelque chose qui n’existait pas vraiment, avec un regard extérieur. Ça ne fait que six mois que je suis là. On est en train de créer cette ambiance avec Thierry (Caballer, coach des féminines) et Rachid et l’entraîneur de l’équipe deux sénior. Il y a de la cohésion, ça se mélange entre filles et garçons. Je pense qu’il y a de quoi faire.

R : Déjà, Thierry a cette équipe féminine depuis quelques années. C’est quelqu’un qui a l’esprit ouvert et avec qui j’adore échanger que ça soit tactiquement ou juste pour déconner. Abdel qui nous est arrivés cette saison a le même état d’esprit. C’est quelqu’un qui est passionné de football, il adore ça. Les deux ont une analyse très précise des matchs qui vont venir. Pourquoi ? Parce qu’ils observent les équipes adverses. Ils ont la même culture foot. Déjà à ce niveau-là, ils ne peuvent que s’entendre. On a aussi l’avantage d’avoir cet entraînement le vendredi avec les filles qui passent de suite après les garçons. Quelque chose que l’on ne voyait pas forcément avant, mais les garçons restaient pour dire bonjour aux filles et les regarder s’entraîner. Il y a sûrement quelques déconnes, ils devaient les chambrer un peu. Mais c’est quelque chose qui se fait de plus en plus et ça créé du lien. Les filles voyant les garçons sur le côté, les garçons voyant les filles s’entraîner, jouer le week-end et venir les supporter de plus en plus. C’est vraiment quelque chose à garder au sein du club. Ce qui est sûr, c’est que ça continuera à être fait vu que les deux coachs restent pour la saison prochaine.

J’aimerais connaître le secret de notre pompier Pascal Dupraz, arrivé à mi-saison, qui a réussi à sauver l’US Gaillac de la descente. Sur quels leviers tu as joué pour renverser la situation ?

AM : Pour commencer, chose que ne dit pas mon acolyte Rachid ou Michel qui est venu me chercher. Ils connaissent très bien les joueurs. Déjà, dans l’approche du groupe, que ça soit individuel ou collectif, ils m’ont beaucoup apporté. Ils les connaissaient tous donc ça m’a permis de gagner du temps. Comment on a réussi ? C’est simple, j’ai analysé les forces vives, les forces en présence. Quelque chose m’a interpellé c’est l’animation offensive qu’on avait. Nous avons de très bons joueurs offensivement, mais malheureusement, ils n’aiment pas défendre. C’était la chose la plus importante. J’ai une politique qui dit que si je ne prends pas de but, je ne peux qu’en marquer. Ça c’est avhéré car nous avons fait sept matchs sans défaite. Nous avons recollé, voir dépassé comme nous sommes passés septièmes à un moment. Les joueurs ont aussi pris conscience qu’ils pouvaient faire de belles choses lors d’un match amical où nous sommes partis à Lavaur, le champion de la poule H, une très belle équipe. Les joueurs ont pris conscience de certaines choses, que ce que je demandais, c’était du basique. Petit à petit, ils sont rentrés dans le moule. Le collectif a pris le dessus sur l’individualité. Ils sont allés se la chercher à eux. J’ai réussi à trouver les bonnes places pour certains joueurs. Mais surtout avec Rachid qui m’a beaucoup aidé à la tâche, nous avons réussi à les faire redevenir compétiteurs. Un joueur compétiteur, c’est toujours plus facile pour avancer.

Sur cette fin de saison, sur quelle dimension pensez-vous avoir mis le paquet pour retourner cette fin de saison ?

AM : Je vais dire sur l’aspect tactique et mental. Ce sont les deux gros éléments qui nous permettent d’en être là aujourd’hui. Tactique, car on a des joueurs intelligents qui rectifiaient de suite quand on leur disait quelque chose. Et mental car ils nous ont prouvés qu’ils pouvaient être guerriers quand il le fallait. Quand tu as des joueurs lors de la dernière journées à la maison contre une très belle équipe d’Onet. On gagne 3-2 mais il faut savoir qu’ils sont venus outillés. Même s’ils sont venus avec des jeunes, ils ne sont pas venus pour lâcher le match. Que les choses soient claires. La première mi-temps était la meilleure que l’on ait vue. Ce qui est dommageable, c’est que ça n’arrive que maintenant. Il me tarde de savoir ce que nous sommes capables de faire sur une saison entière.

R : J’ai pu avoir un œil extérieur sur la première partie de saison. Quand Abdel parle de l’aspect mental, il ne faut pas oublier qu’on a un groupe très caractériel. Tempéramment explosif, voir volcanique qui ne lui a pas facilité la tâche. Ce qui est sûr, c’est qu’il a beaucoup travaillé là-dessu. J’ai essayé de l’aider comme j’ai pu. Quand on a dans l’équipe un ou deux joueurs avec ces traits, c’est facile à gérer. Mais quand on en a plus de la moitié, ça devient compliqué. Cette tâche, il l’a réussie à merveille. Quand il a commencé à leur parler tactique, j’ai de suite vu une adhésion du groupe. Les joueurs jouaient plus à leur place, on leur laissait moins de latitude. Ils étaient canalysés sur leurs tâches et savaient ce qu’il y avait à faire. Ça ne veut pas dire, qu’il n’y avait pas deux-trois coups de gueules d’un joueur ou d’un autre. Mais ils ont été gérés en toute tranquillité au sein du vestiaire et en famille. Une fois que l’on fermait le vestiaire, on se disait tout ce que l’on voulait se dire. Autre chose, il a aussi su créer une sorte de cocon. Je m’en rappelerais longtemps, il m’a dit vouloir un groupe déterminé et restreint pour ne travailler qu’avec eux. De façon à travailler au sein de ce cocon et aller avec cette équipe accomplir cette mission, une mission impossible à la base. Voilà ce qu’il a fallu pour créer cet exploit car à la mi-saison, tout le monde nous voyait morts. Comme l’a dit si bien Abdel dans un article de presse sorti peu de temps après son arrivée. « Il n’y a pas si dangereux qu’une bête malade. » On était malades et aujourd’hui, on va beaucoup mieux.

Vous restez donc à Gaillac la saison prochaine ? Mais avec quelles ambitions ? Faire monter la réserve pour resserrer l’écart ? Viser la R2 ?

R : Je vais vous parler de cette belle ville. Je suis au foot à Gaillac depuis l’âge de mes 5 ans et j’en ai 35. Malheureusement le foot Tarnais ne vit pas sa meilleure année. On a Albi-Marssac et Graulhet qui descendent. On a toujours connu Albi-Marssac à un bon niveau. Village voisin de cette belle ville Gaillacoise. Ce qui est sûr, c’est que la ville de Gaillac n’est pas à sa place. Je parle de la ville de Gaillac au masculin. L’arrivée d’Abdel fait que ça change la donne. On a quelqu’un qui aime la compétition et qui a envie de faire quelque chose. La première fois qu’il a entraîné ce groupe, il me l’a dit, la qualité y est. Quand on regarde cette fin de saison, si on prend cette fin de saison et qu’on multiplie par deux, on regarde où nous serions. Cela avec un groupe qu’il n’avait pas façonné lui ! Il ne faut pas oublier que c’était un groupe qui n’avait pas beaucoup d’entraînements dans les jambes. Quand on arrivait à leur faire un entraînement, c’était les veilles de match. Donc pas les meilleures conditions. Avec du travail avec un coach comme celui-ci, et les complexes que nous avons à Gaillac, si on y met les moyens, on devrait se retrouver à un meilleur niveau. Chez les filles, on n’a pas à rougir. La domination n’était pas franche, parce qu’il faut respecter les équipes adverses. Mais tactiquement, c’était intelligent. Les filles s’éclataient à jouer, et ça se voyait. Si on a la possibilité de se maintenir et jouer le haut de tableau, c’est ce que mérite la ville de Gaillac. Ça me fait plaisir de voir les deux coachs, Thierry et Abdel, rester l’année prochaine et j’espère les voir atteindre les objectifs qu’ils ont enfoui au fond de leurs têtes. Il faut leur demander où ils aimeraient amener ces équipes.

AM : Pour ma part, fixer des objectifs actuellement, j’avoue que je suis épuisé mentalement de la saison avec mon acolyte Rachid et avec certaines personnes du club. Aujourd’hui notre priorité est de conserver les joueurs du club. On sait que certains sont très sollicités. À nous d’être bons dans notre discours et ce que l’on va leur proposer pour l’année prochaine. Je ne suis pas du genre à fixer des objectifs moi-même. J’en discute avec mon staff, le club et surtout les principaux concernés, les joueurs. C’est eux qui iront à la guerre. Ce qui m’a interpellé sur Gaillac c’est qu’il y a un très bon vivier de bons joueurs de football. Ils ont déjà la technique innée et naturelle. Je ne parle pas sur le court terme car il y a beaucoup de travail à faire et structurer en bas pour éviter de faire l’ascenseur. On le voit avec Albi-Marssac et pas mal de clubs alentours qui se sont structurés petit à petit pour aller chercher le plus haut niveau régional. Je prends l’exemple concret d’Albi-Marssac. Il ne faut pas oublier que c’est un promu. Certes ils descendent, mais il ne faut pas oublier d’où ils viennent. C’est un club qui n’a qu’un an. Dans le Tarn, la problématique, c’est qu’on n’espère qu’une chose, c’est que le voisin se casse la gueule. C’est malheureux, mais la maladie du football Tarnais est là. Le mec réussit ? Tant mieux pour lui. Il n’y est pas arrivé ? C’est dommage ! Nous non, on attend que la personne, le club ou l’équipe se casse la gueule. C’est pour ça qu’on n’avance pas parce qu’on se tire tous dans les pattes. On vit la même passion et on fait le même sport. Tant que les gens n’auront pas compris ça, on n’avancera pas.

Pour vous, qu’est-ce qu’il faudrait au foot Gaillacois pour s’élever ?

R : Très simplement, c’est que Gaillac puisse attirer les Gaillacois. On a beaucoup de footballeur et footballeuses qui sont dans les clubs voisins et n’ont jamais gouté à Gaillac. Peut-être aujourd’hui avec cette nouvelle équipe fanion, les faire revenir un peu plus à Longueville et qu’ils ramènent leur entourage pour que ça prenne. C’est clairement ce qu’il faudrait.

AM : D’un regard extérieur puisque j’arrive au club. La première chose c’est un manque d’ambitions. Un club comme Gaillac avec les infrastructures, les collectivités, les partenaires alentours, je pense que les ambitions doivent être revues à la hausse. Je suis là pour ça. Ensuite la deuxième chose qui me paraît importante, c’est un véritable projet. Projet associatif et sportif. C’est-à-dire, marquer les choses, les écrire et se donner les moyens de le faire. À partir du moment où on a fixé des objectifs tous ensemble, Gaillac trouvera sa place. Doucement mais sûrement, mais je suis sûr qu’il y a de très belles choses à faire dans ce club et cette ville.