A.Medjahri (ex-Gaillac) « j’ai un minimum de respect pour les gens, et l’US Gaillac m’a manqué de respect »

A.Medjahri (ex-Gaillac) « j’ai un minimum de respect pour les gens, et l’US Gaillac m’a manqué de respect »

22 juillet 2022 0 Par Nicolas Portillo

C’était l’une des révélations phares de la semaine dernière. Le coach de l’US Gaillac, Abdel Medjahri nous révélait qu’il quittait le club avec Rachid Baach. Il a donné les tenants et aboutissants de son départ chez notre partenaire Lapanouse Foot. Retrouvez l’intervention des deux anciens Gaillacois en intégralité par ici…

Pour commencer est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur les conditions de ce départ inopiné de l’US Gaillac ?

AM : Je tenais à mettre certaines choses au clair par rapport à notre départ de l’US Gailac. Je suis parti de moi-même. C’est une décision personnelle. Pour faire simple et aller droit au but, vous avez tous connus la saison que l’on a faite, là où nous étions et où nous sommes allés. J’ai rencontré le président et la secrétaire, puisque je n’ai jamais eu affaire au comité directeur du club pour valider certaines choses afin de repartir la saison prochaine. Ils me l’ont validé verbalement. Sauf que petit à petit, tout ce que j’avais validé a été modifié. Ce n’est pas une histoire d’argent. C’est ce qu’ils disent, que c’est de ma faute. C’est facile de rejeter la faute sur les autres. Pour faire simple, Rachid m’a informé qu’il arrêtait d’entraîner avec moi. Il n’avait plus le temps et était fatigué de l’US Gaillac. J’avais négocié une partie financière, derrière je demande un adjoint. Je suis salarié du club, je demande à embaucher une autre personne, et on me dit qu’on va réduire mon salaire pour payer l’autre. J’ai dit non. J’ai appris par hasard qu’ils avaient contacté un autre coach derrière mon dos. Ils l’ont rencontré pour le mettre en place au 15 juillet pour verrouiller les joueurs pour qu’ils ne partent pas. J’ai préféré partir de moi-même car j’ai senti le vent tourner. Je pense qu’ils m’ont manqué de respect sur ces points. Malheureusement, les coachs qu’ils ont sondés, je les connais tous et ils m’ont prévenu. Moi je suis quelqu’un de transparent et je dis la vérité. J’aime bien pouvoir me regarder dans ma glace, sortir dans la rue et être tranquille. Je ne dis pas que je n’ai pas d’ennemis. Mais j’ai un minimum de respect pour les gens, et l’US Gaillac m’a manqué de respect. J’ai la chance d’avoir atteint un objectif très relevé. Le challenge, je l’ai signé et relevé. Être traité de cette manière, je trouve ça très petit sachant que le club a tout pour grandir et réussir. Mais tant qu’on aura ces personnes à la tête du club, il n’avancera pas. Je le dis haut et fort. Il n’y a aucun projet dans le club. C’est deux ou trois personnes qui décident, et malheureusement, ça tuera le foot Gaillacois. Ils sont obligés de balancer des fixes sur des joueurs pour les garder. Ils auront malheureusement le revers de la médaille. L’argent ce n’est pas un puit sans fond. On sait que si on veut garder quelqu’un, il faut lui proposer quelque chose qui l’intéresse. Aujourd’hui, rien n’est proposé. Les gens avec l’argent. Mais ça, c’est l’argent des collectivités et des licenciés. C’est ce qu’ils ne comprennent pas. Ça me fout les boules.

Tu as eu un échange avec la présidence. Comment ça a été ?

AM : J’ai reçu un texto de trois mots : merci au revoir. On n’a pas cherché à me retenir. Vous savez quand vous avez un président qui vous dit j’arrête la présidence, qu’il ne pouvait pas travailler une saison de plus avec moi. Et que trois semaines après, il vient me voir et me dit non Abdel, il faut que tu restes, on a besoin de toi. C’est moyen. Ça plus d’autres choses. On n’a le droit qu’à quatre mutés car nous sommes en infraction vis-à-vis de l’arbitrage. C’est moi qui l’annonce au club car je suis obligé de tout suivre ! Et là, on te traite comme un moins que rien et je ne suis pas le premier à qui ils le font. Je ne pensais pas que ça se terminerait comme ça vis-à-vis des joueurs.

Tu as un des retours des joueurs ?

AM : Oui. Certains au départ l’ont pris mal parce qu’ils n’avaient pas tous les tenants et aboutissants. Et encore, on ne dit pas tout parce qu’on a un minimum de respect pour les gens. Je leur ai expliqués les raisons de mon choix. Certains l’ont compris, d’autre non. Aujourd’hui, c’est le président qui fait le recrutement. Tu demandes un directeur sportif pouvant faire tampon entre eux et moi, je n’ai jamais eu d’aval. Quand on n’a pas envie d’avancer… Avec Rachid, on a montré qu’on était capables avec très peu de moyens. On demandait juste de nous donner des moyens humains et sur le sportif pour travailler dans les meilleures conditions. Ce n’est même pas une histoire d’argent. L’argent, ça ne fait pas tout. Mais juste avoir les moyens de travailler et de redorer le blason vis-à-vis des clubs alentours et extérieurs. Aujourd’hui, l’US Gaillac, vous en parlez, on appelle ça le FC Mercadier. Les joueurs le disent qu’ils ne veulent pas venir au FC Mercadier. J’ai entendu ces discours-là. Je pense qu’ils ont oublié l’essentiel : c’est l’environnement et l’image que tu dégages de ton club. Brens a essayé de se rapprocher, ils ont refusé. Vère Grésigne aussi. Lagrave aussi. Ils veulent être seuls car ils pensent avoir la puissance financière donc qu’ils font ce qu’ils veulent. Mais jusqu’à quand ?

C’est quand même dommage qu’une ville comme Gaillac, mal embarquée en janvier, maintenue au final, qu’elle ait un club en R3 alors que vous avez un très bon vivier ! Comment ça se fait que les jeunes aujourd’hui partent à Brens et pas à Gaillac ?

RB : Aujourd’hui si je dois répondre à cette question. Il y a eu beaucoup de départs de dirigeants Gaillacois vers Brens. Tu récupères des joueurs, puis leurs frères, leur famille, leurs voisins etc. Quand tu arrives à monter une équipe de jeunes à un certain niveau, l’engouement est rapide. Ça va très vite. Les jeunes se voient tous au collège. Ils parlent entre eux. Quand ils se disent qu’à Brens ils vont jouer en Ligue, mais qu’ils ne savent pas si à Gaillac on va monter une équipe…. Forcément les jeunes partent ailleurs.

C’est dommage.

RB : Oui totalement. Après c’est impressionnant le nombre de joueurs Gaillacois que l’on peut voir dans les clubs voisins. On parle de Brens mais il n’y a pas qu’eux. On a aussi l’US Albi. Aujourd’hui quand un joueur prétend être un peu meilleur qu’un autre, il va essayer à l’US Albi. Il y reste après car il y a une équipe deux. Même s’il n’y arrive pas en équipe une, il y a des éducateurs, une ambiance qui font qu’il reste. Même à Albi Marssac ! Aujourd’hui ça devient normal. On a des jeunes du coin qui n’iront pas tester Gaillac. Même les parents qui n’ont pas goûté au club, partent loin.

Est-ce qu’il n’y a pas des « on dit » sur le sujet ?

RB : Si c’est quotidien ça. J’y habite donc je vois ce qu’il se passe. Quand tu as tes voisins amis qui envoient leurs joueurs ailleurs, que tu leur demandes, tu fais face à un mur. On te dit non point barre qu’on ne veut pas ailler à Gaillac. On a des personnes qui se sentent obligés d’être à Gaillac car leur tonton y est, mais ils n’y prennent pas de plaisir. J’avais essayé de lancer les U15 et U17 car nous étions en infraction de ce côté-là. Je m’y suis mis pour recruter du monde et faire revenir des joueurs.

Toi Rachid tu as arrêté avant la prise de décision d’Abdel pour des raisons familiales…

RB : Oui pour des raisons autres. Quand tu prends une décision ce n’est pas forcément pour un seul facteur. Gaillac me prenait énormément de temps et d’énergie. J’ai été à nouveau papa, il n’y a pas très longtemps. Dans ce club assez complexe, tu devais constamment éteindre le feu. Avec les jeunes, avec les séniors… Personne ne voyait ce que tu faisais parce que tu le faisais dans l’ombre. Il fallait être là où ça allait mal. Tout ça te prend du temps. Tu le fais parce que tu aimes. Quand tu as un travail dans lequel tu as des responsabilités, tu as envie du foot pour respirer et faire descendre la pression. Aujourd’hui, le foot me la faisait monter car je pensais aux autres mais pas à moi. À un moment-donné tu arrives à un âge où tu veux penser à toi. J’avais annoncé au président, il y a deux mois, que je ferais tout pour que les équipes une et deux se maintiennent. Mais si elles se maintenaient, j’arrêtais. Mon frère m’a dit qu’il reprendrait le foot l’année prochaine et m’a proposé qu’on le reprenne ensemble. Mon choix s’est fait pour un petit club voisin qui me demande un avis sur ce qu’il se passe en sénior. Ma licence est signée.

AM : Vous imaginez. 30 ans au club pour Rachid, et même pas un coup de fil pour le remercier ! Ils cherchent le bâton pour se faire battre. Aujourd’hui, le seul pôle bien structuré à Gaillac, c’est les féminines et heureusement. Travailler avec des gens qui ne mettent pas l’humain en avant, ça ne m’intéresse pas. C’est très complexe d’avoir un échange. Je les incrimine car ils décident de tout.

Est-ce que vous n’avez pas aussi essayé de mettre trop vite des changements dans un club qui changeait peu et est-ce qu’il n’aurait pas fallu prendre un peu plus son temps pour que ça soit mieux accepté ?

AM : Tout ce que j’ai demandé, ce n’est pas du changement. C’est quelque chose qui existait au club, mais qui n’était pas identifié. La notion de directeur sportif si on va sur la page du club sur le site de la Fédé, il y a un directeur sportif. C’est pour ça que j’ai demandé à en avoir un vrai. J’ai demandé des éducateurs performants et surtout chez les U17 parce qu’ils passent direct en sénior. Ils arrivaient en U17, ils devaient être formés et avoir les bases. En sénior, c’est trop tard. J’ai demandé s’ils voulaient quelqu’un, j’avais les personnes, mais on ne m’a pas sollicité. J’ai essayé d’identifier des choses qui existaient mais sans vraiment exister. J’ai essayer de mettre un cadre aux séniors : une heure de rendez-vous est une heure de rendez-vous. Ce sont des valeurs de respect qui existent en interne, mais qu’on ne reconnaît plus car on est au club depuis trop longtemps. Je n’ai rien apporté de nouveau. J’ai essayé de mettre en avant ce qui existait déjà pour structurer et bâtir un vrai projet sportif et associatif. Tant qu’il n’y a pas un organigramme précis, ce n’est pas possible. Quand tu as un président qui s’occupe de l’administratif, du financier, du recrutement, etc etc, stop tu ne peux pas tout faire. Même si ça part d’une bonne intention. Il faut savoir ce que tu veux. C’est pour ça que Gaillac stagne depuis des années. Je n’ai jamais fais une réunion technique à l’US Gaillac. J’ai été entraineur dans des petits clubs, tous les mois on avait une réunion technique ou l’on exposait les soucis pour les résoudre. Un éducateur avait un problème, on essayait de trouver la solution. Le foot, c’est un échange, un objectif commun. Après six mois à Gaillac, je ne connais pas les 3/4 des éducateurs du club et j’étais entraîneur de l’équipe une en R3.

Après tu ne pouvais pas être partout non plusieurs !

AM : Non mais on peut organiser une réunion à mon arrivée pour que l’on se connaisse. Je n’ai même jamais vu quelqu’un de la mairie venir voir les matchs ! Si tu commences à perdre les collectivités quand tu es un club de foot, c’est foutu. C’est la base. Les gens ont du croire que je voulais aller trop vite. Des gens sont passés avant moi et ont voulu faire plus vite encore.

RB : En effet la présidence a peut-être cru qu’Abdel voulait révolutionnait le club. Pourtant les gens étaient déjà en poste. Il fallait que ces personnes n’aient pas qu’un nom mais un rôle. Oui auparavant d’autres ont essayé de mettre en place des choses similaires sans y arriver. J’ai tout fait pour que des personnes restent au club et que personne ne sache où je vais dans un premier temps.